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{Réflexions} Alimentation: peut-on encore faire confiance à l’industrie agro-alimentaire?

Voilà une dizaine d’années que j’ai vraiment commencé à m’intéresser au contenu de mon assiette. Sur le plan nutritionnel et également celui de la santé. Au fil des années, j’étais devenue suffisamment documentée sur la nourriture industrielle: ses modes de fabrication, le danger des additifs, des colorants, de certaines graisses et des sucres. N’achetant que très peu d’aliments transformés, je me croyais à l’abri de futurs scandales sanitaires.

Et puis un jour, j’ai quand-même eu envie de lire le premier livre de Christophe Brusset « Vous êtes fous d’avaler ça ». Même si ça ne me concernait pas vraiment, c’était toujours intéressant de s’informer… Question information, je reconnais que je n’ai pas été déçue, mais plutôt horrifiée!

« Soyons francs et directs: la seule chose qui intéresse les industriels, tout comme les enseignes de grande surface, c’est votre argent, pas vraiment votre bonheur ou votre santé. » Christophe Brusset « Vous êtes fous d’avaler ça! »

Supermarché: sait-on vraiment ce que l’on y achète?

La première constatation à la lecture de ce livre est qu’on ne nous dit pas tout. Ok, cette information n’est pas une révélation. Laissez-moi vous expliquer. En effet, le plus important n’est pas ce qui est écrit sur les étiquettes, mais plutôt ce qui ne l’est pas, et ce en toute légalité! L’auteur nous enseigne ainsi la différence entre les additifs alimentaires et les auxiliaires technologiques. Les premiers font partie d’une liste réglementée et sont indiqués sur l’emballage. Les seconds ne sont pas considérés comme alimentaires: ils font partie du process de fabrication et ne sont, bien entendu, pas révélés aux consommateurs. Quid des personnes avec des allergies alimentaires, qui scrutent en permanence la liste des ingrédients des produits, en pensant bien faire…?

De la subtilité des appellations marketing

Ok, on le sait bien, l’objectif de la grande distribution est avant tout de faire du profit (pour ceux qui pensent encore que c’est de nous permettre de se nourrir pour pas cher, descendez de votre nuage). Mais il y a tout de même des réglementations, afin de ne pas retrouver n’importe quoi dans notre alimentation? Certes, est c’est là toute la subtilité du marketing. On apprend ainsi à manier les termes tels que « fromage fondu », « spécialité fromagère » et « fondant de fromage ». Traduction: un produit qui contient de moins en moins de fromage au fur et à mesure que son nom change. Il en est de même pour le « yaourt » et la « préparation laitière », qui ne sont pas soumis à la même réglementation. Avouez que s’en est presque poétique!

Les produits bruts sont-ils épargnés par les fraudes?

A la lecture de ces scandales, vous ne pensez toujours pas être concernés? C’est aussi ce que je croyais. Et puis, n’achetant pas de produits transformés, je me pensais à l’abri. Et bien, il n’en est rien! Prenons par exemple les épices en poudre, auxquelles un chapitre est consacré. Les techniques habiles pour vendre des lots d’épices contaminées par des fientes de rat, voire des rats morts, vaut le détour. Personnellement, j’ai failli en vomir mon lait d’or ingurgité une heure plus tôt (délicieuse boisson relaxante au lait végétal et… curcuma en poudre!). L’auteur avouant d’ailleurs ne plus acheter d’épices en poudre. 

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De délicieuses épices parfumées… à la fiente de rat!

Une machinerie bien orchestrée

Ce qui est véritablement inquiétant n’est pas l’ampleur des fraudes mises en place par les industriels dans le but de maximiser leur profits. Le plus inquiétant est de prendre conscience de la machinerie mise en place en toute impunité, ou presque, avec ses complices à chaque étape du circuit. Il ne s’agit pas non plus de simples fraudes visant à berner le consommateur sur l’origine des produits. Nous faisons bel et bien face à un système bien huilé, à grande échelle, mettant réellement notre santé en danger. 

Désormais, je verrai d’un autre œil les emballages en carton recyclé, qui contiennent des hydrocarbures d’huiles minérales. Pour une fois, cela concerne également les végétariens: lentilles, pâtes, pois chiches… sont contaminés. Tout le monde le sait (enfin, sauf le consommateur), mais le coût de l’emballage est moindre donc on ferme les yeux. Vive également les emballages plastiques « oxo-dégradables », qui se fragmentent en micro-particules de plastique. Pour le côté « écolo », on repassera. 

Pourquoi les fraudes ne sont-elles pas révélées par les contrôles sanitaires?

Tout d’abord, on peut se féliciter du fait que de plus en plus de scandales sanitaires éclatent au grand jour. Prenons pour exemple le cas de la viande de cheval dans les lasagnes de bœuf, qui a eu d’importantes répercussions et qui a même conduit à des condamnations. En Chine, la liste est longue et aurait même conduit à des exécutions, autant dire que ça ne rigole pas! 

Le problème est que lorsqu’un scandale éclate, c’est qu’il opère depuis des mois, voire des années et qu’il a donc déjà touché un grand nombre de consommateurs. On se souvient par exemple du lait infantile frelaté chinois, qui contenait de la mélamine. Il a fallu 10 mois au trafic pour être révélé, ce qui a conduit à contamination de dizaines de milliers de bébés. 

Les raisons pour lesquelles tous les trafics ne sont pas démantelés sont multiples:

  • Le volume colossal des transactions ne permet pas d’assurer le contrôle de chaque lot qui sort et arrive sur une territoire. A ce titre, l’auteur salue d’ailleurs le travail des agents de répression des fraudes, qui font du mieux qu’ils peuvent, avec les moyens qu’ils ont. 
  • Quand on ne cherche pas quelques chose, on ne le trouve pas. C’est logique: il n’y a a priori pas de raison de rechercher des traces de mélamine dans du lait maternisé…
  • Les industriels s’adaptent aux contrôles de conformité, qui ont toujours un train de retard sur les évolutions technologiques. Le « miel » chinois en est un très bon exemple: un peu de glucose, de fructose et de pollen et hop, le produit passera les contrôles en étant identifié comme du miel!
  • Enfin, la multiplicité des intermédiaires rend la tâche difficile: autant de difficultés quant à la traçabilité (vive la mondialisation et la libre circulation des marchandises!) et à la recherche de coupable. Les documents de transport sont subtilement modifiés, si bien qu’au final, tout est conforme. Certes, l’acheteur se doute bien qu’à ce prix-là il y a une arnaque mais on ne lui demande pas de jouer les justiciers. 

Comment s’en sortir lorsque l’on fait les courses?

 C’est bien beau de savoir tout ça mais maintenant on fait comment? Au-delà de ses nombreuses mise en garde, Christophe Brusset nous propose tout de même en fin d’ouvrage un « Guide de survie en magasin », de quoi se rassurer quand on va faire ses courses. A titre personnel, je ne peux que vous conseiller les circuits courts et l’achat d’aliments non transformés, bio de préférence.


Références: 

Christophe Brusset « Vous êtes fous d’avaler ça! Un industriel de l’agro-alimentaire dénonce », au éditions Flammarion Document. 

Ainsi que son second livre « Et maintenant, on mange quoi? », aux éditions Flammarion.

Si vous souhaitez aller plus loin et en savoir davantage sur les rouages de la grande distribution, vous retrouverez Christophe Brusset dans une interview poignante de 3h de l’excellent media Thinkerwiew.